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Paul Gross
Du rire aux larmes


Par Toby Leclerc

Avec Passchendaele , Paul Gross plonge les spectateurs en plein cœur de la Première Guerre mondiale. Rencontre avec un acteur canadien qui n'a pas eu peur de monter au front.

Au Canada anglais, la réputation de Paul Gross n'est plus à faire. Et pour cause: l'acteur, qui est aussi scénariste, producteur et musicien, est une véritable star. Son interprétation de l'agent de police montée Benton Fraser dans la télésérie humoristique Un Tandem de choc ( Due South ), signée par Paul Haggis (scénariste de Crash ) en a fait un des acteurs les mieux payés de l'histoire de la télévision canadienne.

Une histoire de courage
Plusieurs se souviendront aussi de la performance de l'artiste de 49 ans dans la comédie Quatre gars et un balai ( Men with Brooms ) qu'il a réalisée, co-scénarisée et dans laquelle il a joué aux côtés de Leslie Nielsen. Les spectateurs avaient été plus que nombreux à craquer pour son personnage de capitaine d'une équipe de curling.

Mais, bien qu'il soit connu surtout pour son travail comique, Gross a dernièrement décidé de se lancer dans un projet très sérieux: le drame de guerre Passchendaele . Le film, qui ouvrira le prestigieux 33 e Festival International du Film de Toronto qui aura lieu du 4 au 13 septembre, et qui devrait prendre l'affiche au Québec en octobre. Il relate le parcours d'un soldat canadien (Gross) lors de la Première Guerre mondiale. Gravement blessé sur les champs de bataille français, il revient à Calgary. À l'hôpital où il récupère petit à petit, il tombe amoureux de l'infirmière qui le soigne (Caroline Dhavernas). Tout semble aller mieux. Mais lorsqu'il apprend que le petit frère de cette dernière est à son tour envoyé au front, il décide de retourner au combat. «C'est une histoire de guerre bien sûr, mais c'est aussi une histoire de détermination et une histoire de courage», souligne Gross. Le titre de ce film fait d'ailleurs référence aux quinze jours de combat meurtrier qui se sont déroulés à la fin de novembre 1917. Appelé aussi La Troisième bataille d'Ypres, Passchendaele est un des plus grands exploits de l'armée canadienne.

À la mémoire de…
Mais pourquoi un acteur comique se lancerait-il dans un projet aussi sérieux? La réponse est simple: le grand-père de Gross a lui-même joint les rangs alliés entre 1915 et 1918. Il ne parlait jamais de ce qu'il avait vécu à la guerre. Mais un jour, alors que l'acteur était encore jeune, il s'est confié à son petit-fils. Et le récit a profondément marqué Gross. Tellement qu'il s'est promis d'en faire un film, un jour. Il y a quelques temps, l'acteur s'est enfin senti prêt à réaliser sa promesse d'enfance. «J'ai senti que le temps était venu de rendre hommage à mon grand-père, ainsi qu'à tous les Canadiens morts au combat. Au moment où il a vécu ces événements, mon grand-père était âgé d'à peine quelques années de plus que moi au moment où j'en ai entendu parler pour la première fois. Je me rappelle que, lorsqu'il m'a raconté ces souvenirs, j'ai senti une porte s'ouvrir. C'était pour moi le début de l'âge adulte, le commencement d'une vie nouvelle. J'ai su à ce moment que mon existence avait changé à tout jamais.», se souvient Gross avec émotion.

L'artiste est fier d'avoir abordé un segment historique aussi important mais malheureusement trop souvent passé sous silence. «C'est un sujet qui devrait toucher une corde très sensible chez les Canadiens. Pourtant la bibliothèque de cinéma canadienne ne possède presque aucun film traitant de ce sujet. Dans d'autres pays, on rend constamment hommage aux anciens héros de guerre. Mais ici, on évite de parler de l'implication des soldats dans les conflits du passé alors que de nombreuses générations de Canadiens cultivent encore une fierté de leur héritage militaire.»

Avec Passchendaele , Gross espère faire renaître l'intérêt des Canadiens pour leur histoire. «Comme l'a dit un jour un grand homme: comment peut-on savoir où l'on va si l'on ne sait pas d'où l'on vient?»


Tourner Passchendaele a bien sûr nécessité beaucoup de temps et d'énergie, mais surtout beaucoup d'argent. Il s'agit d'ailleurs du film le plus coûteux jamais tourné au Canada anglais. «Aux États-Unis, un tel projet aurait facilement coûté dans les 100 millions de dollars, s'exclame Paul Gross. Moi, je l'ai fait avec cinq fois moins. Mais il reste que pour le Canada, c'est une somme astronomique!»


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